Yannick Grannec – La déesse des petites victoires

Héron vs Flamant rose…

  • Editions : Anne Carrière
  • Prix : épreuves non corrigées (Offert par Pocket)
  • Pages : 463 chez Anne Carrière
  • Date de parution : 2012
  • Ma note sur Livraddict : 18/20

Université de Princeton, 1980. Anna Roth, jeune documentaliste sans ambition, se voit confier la tâche de récupérer les archives de Kurt Gödel, le plus fascinant et hermétique mathématicien du XXe siècle.
Sa mission consiste à apprivoiser la veuve du grand homme, une mégère notoire qui semble exercer une vengeance tardive contre l’establishment en refusant de céder les documents d’une incommensurable valeur scientifique.
Dès la première rencontre, Adèle voit clair dans le jeu d’Anna. Contre toute attente, elle ne la rejette pas mais impose ses règles. La vieille femme sait qu’elle va bientôt mourir, et il lui reste une histoire à raconter, une histoire que personne n’a jamais voulu entendre. De la Vienne flamboyante des années 1930 au Princeton de l’après-guerre ; de l’Anschluss au maccarthysme ; de la fin de l’idéal positiviste à l’avènement de l’arme nucléaire, Anna découvre l’épopée d’un génie qui ne savait pas vivre et d’une femme qui ne savait qu’aimer.

Kurt Göbel était pote avec Albert Einstein. Il avait la même aura que cette icône mais il n’a jamais été à l’aise ni avec la notoriété ni avec lui-même pour pouvoir se mettre en avant. Kurt Göbel était un homme tourmenté, ayant un cerveau de génie, donc un cerveau qui réfléchit de trop. C’était un homme torturé par lui-même de part ses paranoïas sur le monde qui l’entourait et sur ses capacités indéniables, mais son perfectionnisme ne l’amenait que très peu à publier ses écrits.

[Albert] n’avait pas passé la porte d’un coiffeur depuis l’Anschluss

Ce livre raconte l’histoire de Kurt Göbel mais pas seulement car sans une femme (LA femme!), ce grand mathématicien ne serait pas ce qu’il est devenu.

Vous vous demandez pourquoi un tel génie a épousé une truie pareille ?

Adèle, future Göbel, rencontre Kurt à Vienne en 1928, elle a 27 ans et lui 20. Ils passeront 50 ans ensemble. Elle n’a pas l’intelligence de Kurt et cela lui aura valu d’être reniée par sa belle-famille. Mais elle a les forces physique et mentale que Kurt n’a pas. C’est un amour complexe, par moment le lecteur doute même qu’il existe de l’amour de la part de Kurt envers Adèle puisqu’elle a été « embauchée » en tant qu’infirmière par sa belle-mère.

Il n’aurait pas vu Hitler dansant nu sur la table de noces

L‘amour d’Adèle est incroyable, c’est une femme incroyable. Elle s’est dévouée à Kurt et à son génie. Elle a du faire face à de nombreuses déceptions et faire énormément de concessions. Elle est souvent frustrée de ne rien recevoir en retour et surtout de ne pas avoir eu d’enfants… Même si leur couple ne semble pas parfait, on y décèle beaucoup d’amour même de la part de Kurt. Ils avaient leur propre langage, complicité. Ils savaient se comprendre par un regard, une main posée dans le creux d’un cou, et elle l’appelait « mon homme ». Lui, sans elle, ne souhaitait plus se nourrir, ne pouvait plus vivre.

Trouver en moi cette autre personne, la toute-puissante, et enfermer à double tour la petite fille froussarde

Toute cette histoire est racontée d’Adèle à Anna, en 1980. Anna souhaite tout d’abord réussir à détenir le Nachlass de Kurt Göbel (documents de succession, à titre postume) mais au fur et à mesure une grande complicité se crée entre ces deux femmes. Je me suis mise à la place d’Anna, pelotonnée dans la couverture d’Adèle, l’écoutant, comme si Adèle était ma grand-mère et qu’elle me racontait sa folle histoire d’amour.

Elle n’avait jamais aimé ni les vieux ni les hôpitaux

Car ce sont de ces histoires d’amour que nous racontent nos grands-parents, pleines de sagesse, de rêve, d’un amour dévoué; d’un temps assez lointain comme s’ils avaient inventé ce qu’ils ont vécu, comme on raconte une histoire avant de s’endormir. Ces histoires qui nous semblent irréelles mais tellement belles.

Adèle est une personne très attachante, c’est pour cela qu’elle m’aurait fait penser à ma grand-mère si j’avais l’âge d’Anna. Elle a un humour, un naturel, une franchise vraiment déroutants qui m’ont fait sourire voire bien rigoler ! Ma grand-mère parle un peu comme elle d’où le fait que je me suis prise de tendresse pour Madame Göbel. D’autant plus qu’elle n’a pas eu d’enfants donc Anna est la candidate parfaite pour partager son amour.

Les asiatiques ne sont pas jaunes citron comme je le croyais

L‘histoire avance en passant des années 28 aux années 80. Une chapitre par époque. Cela en fait donc une lecture dynamique. D’autant plus que durant les années de la vie d’Adèle, celle-ci parle à la première personne et non dans le « futur ». La mise en page de lettres (de voyage par exemple), permet de redonner une pulsion à la lecture. Car parfois, les discussions mathématiques/philisophiques sont longues, même si, ne vous inquiétez pas, elles ne sont pas pesantes pour autant. J’avais plutôt l’impression d’apprendre des choses et de me dire que, pauvre Adèle, d’avoir vécu pendant 50 ans entourée de ces discussions, et de se sentir exclue.

Encore au niveau de la mise en page, il y a des citations à chaque début de chapitre des années d’antan. Pas mal de lecteurs les apprécient. Egalement, tout au long du livre il y a des annotations, une 60aine à la fin du livre.

Quelques mots pour la compréhension : grabataire (quelqu’un qui est malade et qui ne peut plus quitter son lit), aphorisme (courte phrase exprimant un principe ou un concept de pensée), atavisme (transmission héréditaire de certains traits physiques ou moraux), syllogisme (raisonnement composé de trois compositions : majeure, mineure, conclusion), sophisme (raisonnement vrai qu’en apparence, conçu pour faire illusion), prophylaxie (précaution pour préserver d’une maladie), entropie (quantité physique qui mesure le degré de désordre d’un système), pébroque (parapluie), acmé (phase d’intensité maximale).

C‘est un véritable coup de coeur (et j’en ai peu!), car ce livre relate la vie de Kurt Göbel sous un angle intéressant via Adèle et Anna. Il y a beaucoup de sentiments et le livre est très bien écrit. On apprend la signification du flamant rose à la fin, qui est parfaite. Je vous le conseille vraiment !

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